[CPProt.net] Italy-Getty: La justice italienne s'attaque aux trafics entre pilleurs de sites et musées

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Mon Dec 5 21:13:42 CET 2005


La justice italienne s'attaque aux trafics entre pilleurs de sites et musées
LE MONDE | 05.12.05 | 15h00  •  Mis à jour le 05.12.05 | 15h00
ROME CORRESPONDANT


Marion True est seule devant ses juges. Cette ancienne conservatrice du
Getty Museum de Los Angeles devait comparaître, lundi 5 décembre, à Rome,
pour la première audience sur le fond de son procès pour trafic et recel
d'œuvres archéologiques. Responsable des achats du grand musée californien
dans les années 1990, cette femme âgée de 56 ans est accusée d'avoir acquis
des pièces pillées en Italie.
 
Marion True est seule, puisque Robert Hecht, le marchand d'art américain qui
a servi d'intermédiaire dans les transactions douteuses, ne s'est pas
présenté devant le tribunal lors de l'audience préliminaire, le 16 novembre.
Mais en jugeant Marion True, l'Italie compte bien instruire un procès plus
vaste : celui du trafic international d'oeuvres d'art, auquel se trouvent
mêlés quelques-uns des plus grands musées du monde.

Pour preuve de sa bonne volonté, le Getty a rendu solennellement trois
objets sur les quarante-deux dont Rome réclame la restitution. Les
responsables de l'institution pourront-ils rester longtemps drapés dans leur
bonne foi, lorsque les méthodes utilisées par Marion True pour l'acquisition
de nombreux chefs-d'oeuvre seront décortiquées par l'accusation, tout au
long d'un procès qui s'annonce fleuve ? La conservatrice avait démissionné,
le 1er octobre, après la révélation d'un prêt de 400 000 dollars que des
fournisseurs du musée lui avaient consenti pour l'achat d'une maison sur
l'île grecque de Paros en 1995.

"Nous ne sommes plus disposés à ce que l'Italie continue d'être une terre de
pillages", a déclaré Rocco Buttiglione, le ministre italien des biens
culturels. Les enquêteurs italiens ont localisé une centaine de pièces
archéologiques de grande valeur dans une dizaine de musées. Le Metropolitan
Museum de New York en exposerait une trentaine. Parmi elles figure un vase
en terre cuite de l'artiste grec Euphronios, acheté en 1972 au marchand
Robert Hecht, le coïnculpé de Marion True, et dont la trace a été trouvée
dans la cache genevoise du trafiquant italien Giacomo Medici, condamné à dix
ans de prison.


LES HOMMES DU GÉNÉRAL ZOTTIN


Le directeur du Met, Philippe de Montebello, était à Rome fin novembre pour
tenter de trouver une solution amiable. En échange de la reconnaissance de
leur pleine propriété à l'Italie, les oeuvres resteraient au musée sous
forme de prêt. Mais le ministre a menacé de "refuser la concession sous
forme de prêt aux musées qui ne coopèrent pas avec les autorités
italiennes".

Des pièces sorties clandestinement de la Péninsule ont été repérées au Fine
Arts de Boston, au Princeton Cleveland Museum, au Toledo Museum of Art dans
l'Ohio. Mais aussi dans deux musées de Tokyo, au Ny Carlsberg Glypotek de
Copenhague, au Musée des antiquités de Munich. "Le procès de Marion True met
en lumière le lien entre les trafiquants et les musées", se réjouit Maurizio
Fiorilli, l'avocat de l'Etat italien, qui s'est porté partie civile. "Le
marché clandestin est immense et pratiquement incalculable", explique le
général Ugo Zottin, commandant du corps des carabiniers chargé de la
protection du patrimoine culturel. L'Italie et la France sont les deux seuls
pays à s'être dotés de services de police spécialisés. Les trois cents
hommes du général Zottin, répartis sur tout le territoire, traquent les
fouilles clandestines par hélicoptère : cinquante-cinq ont été découvertes
en 2004. Ils remontent les filières, depuis les tombaroli (fouilleurs de
tombes) jusqu'aux commanditaires.

Surtout, les carabiniers épluchent sur Internet les catalogues des maisons
de vente aux enchères. Depuis la création du corps en 1969, ils ont permis
la récupération de 527 659 objets venant de fouilles clandestines, dont 16
941 en 2004. "Le volume du trafic est en baisse constante depuis quelques
années, et l'affaire médiatisée du Getty Museum peut avoir un effet
dissuasif", se réjouit le général Zottin. Les "pièces à conviction" du
procès Marion True et les œuvres en discussion avec les autres musées ont
été volées dans les années 1960-1970, lorsque le trafic était à son apogée. 



Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du 06.12.05




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