[CPProt.net] Le bronze poids lourd d'Henry Moore court toujours. Scotland Yard mobilise ses forces depuis bientôt trois semaines.
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Tue Jan 3 10:36:49 CET 2006
Le bronze poids lourd d'Henry Moore court toujours
Scotland Yard mobilise ses forces depuis bientôt trois semaines.
Par Agnès Catherine POIRIER
mardi 03 janvier 2006
Depuis le 15 décembre, les forces spéciales de Scotland Yard sont sur les
dents, Interpol ronge son frein et les plus grands experts avouent leur
perplexité. Une seule question les hante : mais où diable a disparu le
chef-d'oeuvre signé Henry Moore, Figure étendue, sculpture en bronze de 2
mètres de haut, 3,60 m de large et pesant plus de deux tonnes (Libération du
19 décembre 2005) ?
Le nom de code de la vaste opération de police chargée de retrouver l'oeuvre
d'art évaluée à 5 millions d'euros ne manque pas d'ironie : «Opération
Soufflé» (en français dans le texte). De preuves, la police ne dispose
toujours pour le moment que des images capturées par les caméras de
surveillance aux alentours du musée Henry-Moore dans le comté du
Hertfordshire (à l'ouest de Londres). Et que révèlent-elles ?
Temps éclair. A 22 h 13 exactement, le 15 décembre, deux véhicules, un 4x4
de marque japonaise suivi d'un camion de marque allemande, s'approchent de
la sculpture entreposée temporairement au fond du jardin de la fondation à
Much Hadham. De façon méthodique et en un temps éclair, dix minutes montre
en main, trois hommes, portant capuche et casquette, hissent à l'aide d'une
minigrue l'oeuvre de Moore sur le camion puis disparaissent dans la nuit.
Deux jours plus tard, Scotland Yard retrouve les deux véhicules abandonnés
près d'Epping dans le comté d'Essex, à 30 km du lieu du vol. Ils ont été
dérobés à leurs légitimes propriétaires une heure avant le larcin. Passés au
peigne fin, ils ne révèlent aucun indice, ni empreinte digitale, ni trace
d'ADN. La presse anglaise rit sous cape. «En matière de vol à la tire, c'est
le pompon, digne du livre des records», écrit Robin McKie dans The Guardian.
Côté musée Henry-Moore, c'est la consternation: «Nous sommes bouleversés.
Comment aurions-nous pu imaginer qu'une chose pareille serait un jour
possible ?» déclare Gareth Spence, de la fondation Moore. Une récompense de
150 000 euros est offerte à quiconque permettra le retour sain et sauf de
l'oeuvre. Police et experts d'art craignent que les voleurs aient été tentés
par la revente du métal au poids auprès de ferrailleurs ou d'une fonderie de
Londres. Au prix du marché, deux tonnes de bronze valent 7500 euros. Les
enquêteurs de l'Opération Soufflé se sont précipités chez deux ferrailleurs
connus de l'East End de Londres mais n'ont trouvé aucun indice.
Henry Moore, l'un des artistes britanniques les plus connus au monde, a
laissé à sa mort, en 1986, une collection de 666 sculptures, 3000 dessins et
8000 gravures, estimés aujourd'hui à plus de 200 millions d'euros. Ses
oeuvres semblent particulièrement attirer la convoitise des voleurs. En
1995, deux malfrats décapitèrent sa sculpture, King and Queen, installée en
plein air près de Dumfries en Ecosse. La police a fini par retrouver la
tête. En 1997, un de ses bronzes, haut de 25 cm, est subtilisé en plein jour
à la galerie Waddington de Londres puis retrouvé quelques heures plus tard
dans un taxi.
Mark Ross, chef de l'Opération Soufflé, à la tête d'une brigade spéciale de
25 enquêteurs, n'élimine aucune piste : «Les motifs peuvent être nombreux.
Soit le voleur, ignorant sa véritable valeur, l'a revendue immédiatement au
poids ; soit il a entreposé la pièce quelque part et attend de se faire
oublier pour la revendre à un collectionneur ; soit, enfin, le voleur va
bientôt nous appeler pour toucher la récompense.» Dick Ellis, ancien
directeur de la brigade spécialisée dans les vols d'art et d'antiquités de
Scotland Yard, est plus précis : «La façon dont les voleurs ont conduit leur
opération montre une grande organisation. Je ne pense pas qu'il s'agisse de
vulgaires ferrailleurs. La sculpture est peut-être déjà à l'étranger, en
Europe de l'Est par exemple. Ou alors, elle attend quelque part en
Grande-Bretagne d'être achetée par un collectionneur peu scrupuleux. Cela
peut prendre des années.»
«Cymbales». En attendant d'autres indices, la presse anglaise continue à
persifler. Lucy Mangan du Guardian : «Si les voleurs ont vendu la sculpture
à la fonte, vous pouvez être sûr que d'ici un an les percussionnistes
britanniques frapperont des cymbales Henry Moore, à moins que les caisses
des supermarchés du pays ne soient envahies de 140 252 fausses pièces de 2
pence. Mais soyons optimistes et espérons qu'après avoir réalisé leur énorme
gaffe les voleurs renvoient généreusement leur butin au musée Henry-Moore.»
http://www.liberation.fr/page.php?Article=348493
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