[CPProt.net] Rocco Buttiglione, ministre des biens culturels. "Nous avons récupéré 180 000 objets d'art italiens outre-Atlantique"

Ton Cremers museum-security at museum-security.org
Thu Jan 12 14:43:01 CET 2006


Rocco Buttiglione, ministre des biens culturels
"Nous avons récupéré 180 000 objets d'art italiens outre-Atlantique"
LE MONDE | 12.01.06 | 13h50  o  Mis à jour le 12.01.06 | 13h50
Rome correspondant

e marchand d'art Robert Hecht, coïnculpé avec Marion True, ancienne 
conservatrice du Musée Paul-Getty de Los Angeles, dans une affaire de 
trafic d'objets archéologiques italiens, devait être présent pour la 
première fois au procès, vendredi 13 janvier à Rome, lors de la 
troisième audience. Dans un entretien au Monde, Rocco Buttiglione, 
ministre des biens culturels, explique les négociations menées en 
marge du procès pour établir de nouvelles règles de coopération avec 
les musées américains.

Le procès de Marion True, fortement médiatisé, favorise-t-il votre 
politique de protection du patrimoine culturel face aux pillages et 
aux exportations illégales ?
Les vols d'oeuvres d'art et les exportations illégales de biens 
archéologiques italiens ont été très importants jusqu'aux années 
1990. C'est à cette époque que nous avons eu une conscience plus 
claire de la valeur de ce patrimoine et des destructions causées par 
les fouilles clandestines. L'idée que le vol d'objets d'art devait 
être réprimé est ancienne, mais celle que la contrebande est aussi un 
acte criminel est plus récente. Nous avons alors commencé à signer 
des conventions bilatérales avec beaucoup de pays. La plus importante 
a été conclue avec les Etats-Unis et nous sommes très satisfaits des 
résultats obtenus. Nous avons récupéré 180 000 objets d'art italiens 
outre-Atlantique.

Pour les oeuvres les plus importantes détenues par des musées, la 
simple référence à la convention n'a pas suffi.
C'est vrai, nous avons notamment eu un problème avec le Musée Paul-
Getty de Los Angeles qui a conduit à la procédure en cours. Nous 
avons reçu la démission de Mme True comme un acte de bonne volonté du 
musée qui entend changer sa politique. Le Paul-Getty Museum considère 
les actes de son ancienne conservatrice comme une initiative 
personnelle, non pas comme la politique officielle du musée.

Dans cette affaire, nous avons été aidés par la qualité de notre 
corps spécialisé de carabiniers qui constitue la police d'art la plus 
efficace du monde. Grâce à elle, nous avons obtenu des preuves 
incontestables de l'origine de nombreuses pièces exposées dans les 
musées américains.

Le contentieux ne se limite pas au Musée Paul-Getty, comment comptez-
vous récupérer les pièces exposées dans les autres musées américains 
?

Nous avons déjà obtenu des restitutions d'oeuvres de grande valeur du 
Musée Paul-Getty, et nous sommes en contact avec d'autres, notamment 
le Metropolitan Museum de New York, pour des problèmes semblables. Je 
dois dire que nous sommes aidés par le changement de l'opinion 
publique américaine, qui a compris notre bon droit et qui a une 
attitude très favorable à l'égard de notre démarche.

Pour notre part, nous sommes prêts à reconnaître la bonne foi de la 
plupart des musées américains. De plus, nous comprenons que la 
restitution de ces pièces puisse créer un vide dans leurs capacités 
d'exposition et leur causer un préjudice. Nous avons donc dit à nos 
partenaires américains que nous sommes prêts à envisager des 
solutions équitables pour les deux parties.

C'est-à-dire ?
Nous voulons que soit reconnue notre pleine propriété des objets. En 
échange, nous pourrions les leur laisser à disposition un certain 
temps, peut-être même plus longtemps que les quatre ans prévus par 
notre législation actuelle. Nous serions prêts à modifier la loi pour 
des prêts allant jusqu'à huit ou douze ans. Il y a une grande demande 
muséale aux Etats-Unis, et nous n'avons pas en Italie les espaces 
suffisants pour exposer toutes nos richesses. Nous sommes donc 
d'accord pour que nos oeuvres d'art fassent un peu de tourisme à 
l'étranger, à condition qu'elles rentrent ensuite à la maison.

Pourquoi le trafic concerne-t-il plus les musées américains 
qu'européens ?

C'est la loi de l'offre et de la demande. Les Etats-Unis sont un pays 
de grande richesse matérielle et de haute culture ; il y a une forte 
demande muséale alors que le pays n'a pas un grand passé. En France, 
la nécessité et les mêmes tentations ne sont pas les mêmes. En 
Angleterre et en Allemagne, il y a un peu de contrebande, mais dans 
des proportions bien moindres qu'aux Etats-Unis, où chaque ville a 
créé et tente de développer son propre musée. C'est une tendance 
positive. Il faut simplement trouver des modalités légales pour 
accompagner cette expansion de la culture classique aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du 13.01.06



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